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Andreas Rommel ●  solo l'Atlantique d'ouest en est

 

Journal de bord ● 2004

Traduit par  Latarget Pierre Simon

22 août 2004
Finalement, je commence à avancer de plus en plus rapidement, étant donné que je suis porté par des courants plus forts. Je commençais réellement à douter. Je poussais de toutes mes forces pendant 15h par jour et avais le sentiment de tirer un super tanker.
Ca devenait tellement frustrant que je déprimais mentalement et physiquement. Je me suis trouvé dans la même situation que Jean Lukes, ramant contre des fortes vagues et des vents de face. Je pensais à arrêter mon voyage à cause de la fatigue.
La raison de m’être trouvé dans cette situation pendant les 30 premiers jours était qu’une tempête avait touché le sud juste avant mon départ. Par conséquent, je ne pouvais pas descendre et ai essayer de rejoindre le Gulf Stream où Emmanuel l’avait pris.
Donc, j’ai commencé mon voyage en allant vers le nord, c’est à ce moment là que mon cauchemar a commencé.
Je suis content de ne pas avoir abandonné parce que maintenant j’avance à une allure acceptable.
Maintenant, je rame 17h par jour et ce n’est pas aussi fatiguant qu’avant.
J’ai été en contact avec l’officier en second du « Jarvis Bay »,un porte container britannique, qui m’a donné de précieuses informations météorologiques. Il m’a dit que 3 ouragans, partant du golf du Mexique se dirigeaient dans ma direction. Je pouvais entendre derrière le Capitaine insistant pour me prendre à bord de son bateau. Il demanda 3 fois et j’ai dit : « non, j’ai confiance en mon bateau ». Quand j’ai demandé à l’officier si ces ouragans devraient me souffler jusqu’au milieu de l’océan, il a dit « oui, très certainement ». Il a du penser que j’était complètement fou quand j’ajouta « c’est ce que j’attend, une bonne poussée ! »
Puis, le Capitaine m’appela directement et me raconta qu’un même bateau que le sien devrait passer dans la zone dans quelques jours et qu’il informerait celui-ci de mes positions.
Deux jours plus tard. Le vent soufflait de plus en plus fort et les vagues devenaient plus grosses. Je pense que j’ai eu ce que j’ai demandé : à environ 6h GMT, j’ai eu l’impression que quelque chose frappait le bateau avec une masse. Il faisait nuit noire et j’étais à l’intérieur. Tout d’un coup, mon bateau se retourna. Il n’a pas tourné aussi vite que la première fois mais cela m’a valu d’être étendu sur le le plafond pendant un bon moment. Je me sentais comme un Hamster dans sa roue. J’étais totalement en état de choc. Ce fut fini, je pensais, quand le bateau se remit dans le bon sens de lui-même.
L’obscurité a rendu la situation encore pire. J’étais alors au milieu d’une forte tempête. Mon gilet de sauvetage et ma balise étaient prêts. Je sentais que cette fois le bateau ne passerait pas.
Le matin arriva, mais j’étais toujours dans des rafales de vent de 41 nœuds et dans des vagues de 25 pieds (8m). Dans l’après midi, la situation s’améliora un peu avec des vents de 30 nœuds et des vagues entre 15 et 18 pieds.
Je sentais que le « Lady Georgia » était plus enfoncé plus que la normale dans l’eau et extrêmement lourd. Le centre de mon bateau était, en fait, plein d’eau, tout comme tous mes compartiments sur le pont. Cela m’a pris 2h pour enlever toute l’eau. Apres cet exercice, je suis retourné dans ma cabine pour me reposer un peu.
Mais quelque chose d’étrange se produisit, j’entendis un bruit d’eau dégoulinant à coté de moi. Trop près de moi. J’ai commencé à vérifier autour de moi et ai trouvé de l’eau à l’intérieur de ma cabine étanche ! J’étais horrifié et très apeuré ; les fils électriques étaient submergés d’eau, mon réchaud également sous l’eau et je pensais que j’avais un trou dans le bateau.
Apres avoir chercher le problème, je me suis rendu compte que les compartiments à l’extérieur sont connectés à ceux de l’intérieur. Cela ne les rend finalement pas étanches…et ça explique pourquoi mon appareil à fabriquer l’eau cassa.
Maintenant, je n’aurai plus de nourriture chaude. Je pense que je deviens comme Robinson Crusoe au milieu de l’océan.
Sur une note plus gaie, le jour où la tempête débuta, j’ai vu une tortue de mer suivant mes traînées, essayant de faire copain avec. Puis j’ai vu quatre sortes de dauphins énormes et blancs surfant les vagues (je ne sais pas précisément le nom de ceux-ci)
Je voudrais remercier M.K et Henry pour leurs précieuses informations météorologiques et pour leur assistance

Message d’Andreas

 

15 août 2004  43° 05'N / 57° 49' W

Londres, ORS

Ce matin, j’ai reçu un appel satellite de Stuart McNeill, Capitaine du bateau P&O NedLloyd, le Jervis Bay, en direction d’Halifax. Le capitaine McNeill m’a dit qu’il me passait un message d’Andréas Rommel (qu’il avait entendu sur sa radio VHS) et qui dit :

« Tout est ok pour moi. J’ai appris pour les quatre, quelle malchance, si près du but. Je suis content de savoir que tous sont sains et saufs. Je planifie de continuer vers l’Europe ». J’ai remercié le Capitaine pour ses efforts, et le rameur et le porte -container ont poursuivi leur route.

 

Jervis Bay

Capitaine McNeill a affirmé qu’il y avait un bateau semblable au sien  sur la route partant d’Halifax, il pourrait donner à son capitaine les positions d’Andréas ce qui permettrait au bateau de pouvoir rencontrer le rameur en mer .

Kenneth F.Crutchlow


15 août 2004

Mes 20 premiers jours étaient une bataille perpétuelle contre un courant très difficile. C’est ma première expédition avec le bateau, et je me suis vite rendu compte combien il était lourd. Sans parler que je n’avais jamais ramer un bateau avant. Mais il y a toujours une première n’est ce pas ? 

Je ramais pendant 4 à 6 heures droit devant sans pour autant avancer d’un mètre. Je criais après le vent, le courant, moi-même, me demandant pourquoi j’étais entrain de faire ça. Mais à la fin de la journée, je n’avais pas perdu un mile. Même si ma progression était aussi lente, je ne revenais pas. Cela  me permis de continuer.

Durant les 15 premiers jours, j’étais continuellement dans un épais brouillard. Quelle étonnante surprise quand un jour j’y ai échappé pendant quelques heures, et ai vu la migration d’environ 15 requins baleine passants juste à coté du bateau. Trois de ces géants des mers sont venus pour me contrôler pendant environ 10 minutes. C’était surréaliste. 

Mon premier moment intense (avant de rencontrer Alex) a été le jour où j’ai failli être broyé par un pétrolier. C’était au milieu de l’après-midi. A cause du brouillard, je ne pouvais voir à plus de 100 pieds et les vagues n’aidaient pas beaucoup. Je m’occuper de mon travail, transpirant comme d’habitude, lorsque j’entendis un bruit étrange en provenance du brouillard. J’étais aussi excité qu’un enfant, pensant, que j’allai rencontrer des baleines ou d’autres étranges créatures. Mais surgissant de nulle part, comme un gigantesque  fantôme, une énorme masse métallique de 700 pieds (30m) était entrain de se diriger vers moi. Il était si près de moi que je pouvais lire le nom du bateau. J’ai sauté sur ma radio et joignit le capitaine. Je lui demandai s’il ne m’avait pas vu dans son radar. Il répondit que non, et me demanda si il devait changer sa route.  Et bien, non, je lui dis de rester où il est. Si la chance n’avait pas été avec moi, j’aurai été broyé, et le capitaine ne s’en serait même pas rendu compte. Mon analyse est que mon radar doit avoir quelques problèmes dans les hautes vagues

Autres détails amusants : j’ai  pagayé à travers un champ de vase pendant 14 à 16 heures, et mon appareil électrique de fabrication d’eau cassa 3 jours après mon départ. Maintenant je dois pomper chaque nuit pendant 1 heure afin d’avoir de l’eau douce, rien que d’y penser, ça me rend malade. Ce système de pompage est plus dur que de ramer pendant une journée entière. Cela m’apporte de boire la moitié de mes provisions d’eau d’urgence, mais aussi me pousse à boire le minimum dont j’ai besoin pour survivre.  

Maintenant parlons d’Alex. J’ai eu un appel d’un journaliste du magasine allemand « Stern Magazine », m’annonçant la bonne nouvelle, à savoir que le cyclone Alex se dirigeait droit sur moi. Quelques heures avant pensant qu’Alex me toucherai, j’ai sécurisé au mieux tout ce que je pouvais. J’ai pris le gilet de sauvetage et l’ai disposé à l’intérieur de la cabine. J’attendais anxieusement pendant toute la nuit. Je pensai que j’allais être au milieu de la tempête à 9:00 GMT 

9:00GMT arriva, le vent soufflait à plus de 40 noeuds et les vagues atteignaient plus de 8 mètres de haut. Le ciel semblait apocalyptique. Mais tout cela ne m’empêcha pas de tomber dans le sommeil tellement j’étais épuisé. A 10:30 GMT j’étais dans un sommeil profond.  Quel dur réveil j’ai eu lorsque le bateau  s’est retourné et a fait un 360 degrés ! J’ai été légèrement blessé, touché à la hanche, à la tête et mon nez saignait.  Le vent soufflait à 65 noeuds et les vagues atteignaient des hauteurs de 10 à 12 mètres.

Je peux te dire Justin, il n’y aucun doute  ton bateau se redresse de lui-même.

J’ai passé les 2 premières heures à l’intérieur, étant donné que je n’avais pas la moindre idée de ce que je devais faire. Mais je m’énervais en pensant à l’idée  que je pouvais perdre quelque chose d’important pendant ce cauchemar, ou que le bateau pouvais se cassé à cause d’une vague. J’ai donc mis mon harnais et suis sorti. Quelle montée d’adrénaline. J’ai passé 5 heures dans un T-shirt et un pantalon, trempé jusqu’aux os, me répétant que je devais diriger au mieux le bateau pour surfer sur les vagues. Le bateau était plusieurs fois à la limite de se retourner. Sur certaines vagues j’avançais entre 12 et 15 nœuds. La situation était folle, mais je ne pouvais tout simplement pas retourner dans ma cabine

 Apres le cyclone, la seule victime était mon détecteur radar. Pas si mal, je pensais.

 Pour conclure avec une remarque positive, je me suis sorti de cette situation et mon moral est haut.

Je pense que je devrais être frappé par des forts courants dans les prochains jours

 J’ai appris pour le Pink Lady, je ressens beaucoup de tristesse pour l’équipage, si proche de l’arrivée. Mais je suis aussi très heureux car tout le monde est de retour sain et sauf. Toute ma sympathie à vous les gars, et j’espère qu’on se verra dans un futur proche pour boire quelques bières ensemble.

 Je voudrais aussi remercier ceux d’entre vous pour le soutien que vous avez donné à ma mère (Elle en a plus besoin que moi). Mon Frère vous écrira une mise à jour hebdomadaire que je lui donnerai par téléphone.


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